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16 October 2009

Tournage de "Propriété interdite"

Rencontre avec Hélène Angel sur le tournage de son 3 ème long-métrage dans les environs de Chambery.

allée Propriété interdite
allée Propriété interdite

Claire et Benoît, la quarantaine, aisés, arrivent à la campagne dans une vieille maison familiale qu’ils vont rafraîchir pour la revendre au mieux. On sent l’imbroglio familial et les souvenirs enfouis s’annoncer comme ressorts dramatiques d’une agréable fresque à la française. Mais non !
Après "Peau d’homme, cœur de bête" et" Rencontre avec le dragon", Hélène Angel réalise une variation sur le thème de l’étranger qui dérange au plus profond de nous-mêmes.
Rencontre avec la réalisatrice et avec Charles Berling, le comédien qu’elle a choisi pour donner la réplique à Valérie Bonneton.

L’horreur intra muros                                                                          
Cognin, « banlieue verte » et cossue de Chambéry. Tapie dans son parc, en-dessus  d’une voie ferrée et d’un stade, une maison bourgeoise hors d’âge accueille l’équipe d’Hélène Angel. Sous un cèdre centenaire, une bétonnière tourne. Cette incongruité extérieure trouve sa réplique intérieure sous la forme d’une moquette hypnotique au motif « vasarélien ». Celle-ci recouvre l’escalier qui mène au premier étage, s’engage dans le couloir, entrave les pas des acteurs. Intrusion noire et blanche dans cette retraite provinciale, assoupie dans ses papiers peints délavés et ses boiseries à médaillons « scènes de chasse ». D’autres détails intrigants comme une énorme giclure noire sur un mur du salon confirment la prégnance des décors dans le scénario coécrit parJean-Claude Janer et Marie Garel-Weiss.  « Mon intention était de donner au lieu le rôle d’un troisième personnage, explique la réalisatrice. La trace de l’esprit troublé de Michel, le frère disparu de Claire, y est palpable. Très vite, Claire se montre perturbée, affirmant qu'une présence étrangère dans la maison cherche à la terrifier. Benoît, qui est appelé à l’extérieur par des soucis de placement en bourse, ne tient pas compte de ses frayeurs. Pour se protéger ou protéger sa femme, fragile comme une enfant. Jusqu'au jour où il découvre un trou dans le jardin, juste à l'orée des bois. Un trou qui conduit jusqu'à la cave. Jusqu'à leurs peurs cachées. J’ai toujours exploré ces lieux entre ville et forêt, en marge, propices aux fantasmes. »

Parabole sociale et psychanalytique                                                            
Pour le tournage, Hélène Angel a fait vider la maison de son riche mobilier. Ce n’est pas elle qui est « hantée », ce sont ses occupants. Le cliché n’aura pas lieu : la bétonnière et la véranda « en travaux » plaquée contre la façade bousculent une dramaturgie attendue. La maison raconte l’inconscient des personnages, qui cavale en sourdine. A la moquette froide et mentale à la Kubrick s’oppose le trou organique creusé sous la maison, par lequel s’introduit l’étranger. Un homme inconnu qui incarne les pulsions qui nous habitent secrètement. Quand Benoît découvre ce passage, il n’est plus lui-même. C’est lui qui bascule dans une autre réalité, au moment où sa femme « déraisonnable » entre en relation avec ce personnage mystérieux qui ne lui fait plus peur. Et le nourrit, l’apprivoise, l’humanise.
« Dans ce huis clos à trois personnages, impossible de tricher, affirme la réalisatrice. C’est un exercice de style « à l’os », qui va au bout des situations. Selon le regard que l’on porte sur lui, l’étranger fait peur ou attire. Le plus dangereux, finalement, n’est pas ce qui vient de l’extérieur. J’ai traduit de manière romanesque, presque fantastique, les angoisses qui nous travaillent tous en période de crise, économique ou personnelle. »

Casting sauvage et contrasté                                                  
 Le thème originel du film pouvait se résumer à « quelqu’un vit dans la maison de quelqu’un d’autre ; on entend des bruits, des choses disparaissent… »                   
L’étranger qui se glisse dans la maison n’était au départ qu’une figure abstraite. Hélène Angel la souhaitait presque désincarnée pour ne pas l’identifier socialement. Et puis elle a rencontré Vasil, un jeune roumain d’une vingtaine d’années, lors d’un casting sauvage dans un camp de gitans d’Argenteuil. Sa spontanéité, sa présence époustouflante à l’écran ont étoffé considérablement le personnage. « Il est vif, drôle, plaisante sans cesse avec l’équipe même s’il ne parle presque pas français [on l’aperçoit entre deux prises, en pantalon moutarde et pull vert fatigués, cheveux hirsutes, qui glisse un objet dans le col de la chemise immaculée de Charles Berling, l’air de rien]. J’espère que ça se verra à l’écran. J’aime aussi son regard qui traîne, toujours aux aguets.»   

Pour jouer le couple Benoît/Claire qui fonctionne sur l’opposition entre maîtrise  et émotivité, Hélène Angel a choisi Charles Berling et Valérie Bonetton. « La présence de Vasil, acteur non professionnel, les expose, c’est excitant sur le plan de la mise en scène. Valérie a été géniale aux essais, j’avais tourné mon premier court métrage il y a 15 ans avec elle et je suis heureuse de la retrouver. Sylvie Pialat, la réalisatrice était elle aussi très enthousiaste. Je suis bluffée par l’émotion qu’elle dégage, elle donne, elle ne fabrique pas. » Son partenaire confirme : « Valérie possède un très fort potentiel que son physique « de comédie » a empêché jusque là de s’exprimer sur un registre dramatique. Mais je crois vraiment en son talent pour ce premier rôle qui l’emmène ailleurs et j’ai accepté de jouer ce film en grande partie parce que j’aime beaucoup cette actrice. »                      

Charles Berling, qui a déjà tourné avec Valérie Bonneton dans" L’Heure d’été "en 2008, joue ce jour-là sans s’épargner une scène où il s’acharne violemment contre une porte fermée. On apporte en tout hâte des matelas pour amortir sa chute…
« Ce qui me plaît dans ce huis clos « en plein air », c’est cette bourgeoisie française sur la pente descendante, cette métaphore de la crise matérielle qui montre que la raison n’est pas toujours raisonnable.  Le mal vient-il de l'extérieur où est-il arrivé avec ce couple dans cette maison ? Le dénouement fracassant apporte une réponse, une libération… »

Propos recueillis par Sylvie Finand

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